| DAULAGHIRI 2007 avec DIRECT ALPINE Paul Bonhomme est guide de haute montagne. Quand il nous a fait part de son projet, ALPINEAST a décidé de le soutenir matériellement , notamment en vêtement techniques DIRECT ALPINE. En compagnie de Jean Noël Urban et de Nicolas Brun, l'équipe a tenté cet automne l'ascenssion de la plus haute montagne exclusivement népalaise et 7ème sommet de la Terre: le DAULHAGIRI, 8167 m. L'itinéraire choisi est l'arrête Nord-Est. Au delà de l'aspect technique, Paul insiste particulièrement sur l'aspect humain d'une telle entreprise avant la réussite technique. Le récit de leur ascenssion vous est aujourd'hui livré dans sa version brute. Nous n'avons rien touché aux mails que Paul nous envoyait via téléphone satellite depuis le camp de base. Cela confère au récit (au dela des qualités narrative de Paul), une ambiance "direct depuis la tente qui bouge dans le vent", avec tous ses aléas! Bon voyage! |
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| Kathmandu, mardi 11 septembre 2007 Bonjour a tous, j'espere que vous allez bien. Je suis arrive hier soir a Kathmandu apres une escale forcee a Doha, au Qatar, le pays ou les emirs jouent a se construire des palais. Apres une nuit a l'hotel Marshyangdi a Thamel, j'ai a present du temps pour vous ecrire. Kathmandu, ville fourmiliere. C'est la troisieme fois que je viens la et je suis toujours surpris par son intensite. Il etait 17 heure environ lorsque je quittai l'aeroport pour l'hotel hier, c'etait la sortie des bureaux. Il faut s'imaginer: l'ambiance moite, polluee, les petites rues mal pavees, le sourire edente des pietons qui partout piaillent, crient et pietinent, les petites voitures se calant les unes derriere les autres, les toles se frolant mais ne se touchant pas; un vrai mic-mac, un brouhaha constant et pourtant... ...pourtant les couleurs rayonnent dans la foule sereine que rien ne stresse, il y a toujours une solution et, meme si nous roulons moins vite que cette femme qui vient d'aller chercher de l'eau et qui supporte a present la cuvette debordante sur sa tete altiere, meme si le klaxon resonne febrilement et en continu pour se frayer un passage au travers de la fourmiliere, le monde est calme, comme suspendu au temps, sachant que l'enervement serait la derniere des solutions pour avancer et que la patience seule peut les mener au repos. Paul. |
![]() Défilé de jeune filles à Kathmandu |
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![]() La porte dorée |
Kathmandu ce soir, nous nous envolons pour Pokhara puis si tout va bien, pour Jomosom, coinces entre les Annapurnas a l'est et le Dhaulagiri a l'ouest, au fond de la vallee de la Khali GBonjour a tous, j'espere que vous allez bien. Nous quittons Katandaki. Nous quittons le grouillement de la ville et ses dechets degueulants de partout, nous quittons les nuits chaudes , les belles citadines et le sourire hableur des commercants qui discretement, en murmures a peine voiles vous chantent invariablement:"Taxi? Rikshaws? Hashich? Girls?" ou plus si affinite. La ville prend ici tout son sens, il n'y a pas de mystere, il n'y a plus de limites, plus de mystique: tout se vend, c'est comme cela, tout doit se vendre pour survivre a la ville. Nous quittons ce grouillement perpetuel pour un autre, personnel. Qu'allons-nous trouver plus haut? Le calme, la serenite, la beaute, la puissante majeste des cimes sur lesquelles nous nous poseront, essoufles, face a nos chimeres? |
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Pokhara - Le 14 septembre 2007 |
![]() Cirreur de chaussures |
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![]() Balayage au camp de base du Daulha |
Camp de base du Dhaulagiri, Népal, 4700m, le 19 septembre 2007 Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien! Jean-Noël et Nicolas ont été bien malades pendant le trek. Nico va mieux mais Jeanno a du mal à récupérer. Nous sommes arrivés au camp de base le 17 en fin d'après midi, éreintés sous la pluie. Hier nous avons aménagé le camp avec un gros travail de remblayage pour pouvoir poser la tente mess. Le Dhaulagiri (La Montagne Blanche) a l'air en bonne condition, un compatriote Néerlandais monté au camp 2 nous l'a confirmé. Nous attendons que les forces nous reviennent après ce trek épuisant (une montée depuis 800m jusqu'à 5300m en presque 48h, il y a mieux comme acclimatation!), et nous devrons commencer l'installation des camps d'altitude. Réflexions: « Depuis le début du trek, à Marpha, la même rengaine: les matins sont ensoleillés et heureux, les après-midi nuageux et pluvieux. Doucement la montagne se met de la poudre pour nos yeux... Les pins ont cédé leur place aux genévriers puis aux lichens jaunâtre et là, nous sommes assis, couchés, nous marchons sur la surface mouvante d'un glacier recouvert d'un manteau de pierres, lourd et confus. Ici nous nous sommes posés dans un trou, au pied de la face nord de la Montagne Blanche. Nous nous déposons, bientôt transis de froid et d'effroi, humbles petits bonshommes prétentieux. Demain, nous essaierons de monter, d'aller chatouiller les flancs de la belle, demain, nous serons en train, poussés par une curiosité infantile: monter au sommet d'une montagne comme monter au sommet du premier arbre de l'enfance. La découverte d'un autre monde ou non, plutôt d'une autre partie du Monde. Juste monter et crier un grand « Je t'aime! » à la vie. » à bientôt, Paul. |
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Camp de base du Dhaulagiri samedi 22 septembre 2007. |
![]() ![]() Arrivée au camp 1 |
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![]() Montée au camp 2 |
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![]() Au bout de l'avalanche |
Camp de base du Dhaulagiri, le 27 septembre. |
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Camp de base du Dhaulagiri, le 29 septembre. |
![]() Devant le Daulhagiri |
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![]() La montagne Blanche |
Camp de base du Dhaulagiri, le 02 octobre 2007. |
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Camp de base du Dhaulagiri, 4700m, Népal, le 10 octobre 2007. Ne jamais dire jamais!!! Nous étions donc partis mercredi 03 pour la tentative poussée qui aurait dû nous amener au sommet. Mais le sommet était occupé à autre chose. Peut-être était-il en colère? Le jeudi 04, nous avons essayé de monter au camp 2. Chargés d'une vingtaine de kilos chacun, nous avons dû renoncer à 6300m, soit 200m sous le camp parce que la visibilité devenait nulle et que la pente se redressait dangereusement avec toute la neige tombée ces derniers temps. Le vendredi 05, les autres expéditions descendent... nous non! Pourquoi? Sûrement par frustration je pense. Une mauvaise raison donc; entraînant inévitablement une mauvaise décision. |
![]() Descente face au Tukuche |
![]() Paul au gros sac |
Samedi 06: le mauvais temps annoncé est là. Nous tentons de descendre mais sur le plat du glacier, vers 5000m, la visibilité devient nulle une nouvelle fois. Nous déposons donc un peu de matériel et de nourriture et remontons nous réfugier au camp 1. Il neige toute la journée, nos traces de descente se sont quasiment effacées, pour mieux les retrouver j'enlève mon masque. Nuit du samedi et dimanche 07: le noir... ...une ophtalmie me cloue dans le duvet, un bandeau sur les yeux, je reste 24h dans le noir. Le temps se dégage un peu, nous aurions pu redescendre mais à 5700m, sans y voir, je n'aurais pas été bien loin! Lundi 08: la météo nous ouvre une fenêtre, nous prenons le temps d'empaqueter tout le camp soit près de 25kg chacun. Nous partons assez tard dans un mètre de neige fraîche. Après dix minutes, protégés par des séracs, nous admirons une avalanche impressionnante qui efface en 5 min toute la voie de montée (largeur estimée: 500m, hauteur: 2000m). Nous profitons qu'elle soit tombée pour descendre dedans, la neige portant mieux. Nous retrouvons vite nos affaires du samedi, nos sacs pèsent à présent plus de 30kg! Des amis Slovènes nous rejoignent sur le plat du glacier, nous retrouvons le camp de base. C'est fini! Nous n'avons pas dépassé 6300m. Mais tant de sommets ont été atteints! Des sommets de doutes, d'angoisses, de peurs et par-dessus tout des sommets de Bonheur! Le bonheur de se sentir à l'abri, près de retrouver les siens, ce bonheur qui nous étreint, faisant monter des larmes aux yeux. Un bonheur simple, retrouver sa tente et toutes ces affaires qui nous rappellent d'où nous venons simplement. Humains, simplement. Et tellement heureux de l'être!!! Nous n'avons pas dépassé 6300m. Mais l'expérience est unique, la montagne est belle et le restera, et nous resterons là à l'admirer, peut-être essaierons-nous de la frôler de temps à autre. Mais il faut rester humble petits hommes! Ne pas pousser trop loin l'enjeu. Les « 8000 » ne sont pas toujours là où nous les mettons. Peut-être se trouvent-ils juste là, à nos côtés, dans cette main qui en tient une autre tendrement, dans ces étoiles que l'on collectent dans les yeux de nos enfants, dans la bise du matin qui nous réveille doucement. Aimons! Mais aimons vraiment, personne ne risque rien à aimer entièrement! Aimons la vie d'abord, ayons le regard pétillant d'amour tout le temps! Parce que la vie est courte et qu'il ne faut pas la gâcher de nos doutes. Nous n'avons pas dépassé 6300m. Et pourtant nous revenons de loin! De beaucoup trop loin à mon goût. En montagne, je déteste rentrer chez moi en me disant: « J'ai eu de la chance! » Et là, nous avons eu beaucoup de chance! Merci Montagne Blanche, de nous avoir laissé te caresser alors que tu n'étais pas prête! Merci à tous de m'avoir soutenu, j'ai beaucoup pensé à vous là-haut! A nous tous, nous avons largement dépassé les 6300m!!! Il ne nous reste plus qu'à redescendre dans les vallées, parmi les hommes (Dans 2 jours normalement). Des rencontres nous y attendent, des sourires édentés, des gestes remplis de simplicité. Oui, décidément, je suis persuadé que les sommets sont partout autour de nous. Des sommets propres à chacun, que nous construisons chaque jour de nos mains et que nos coeurs s'empressent de conquérir. Encore merci et à bientôt, Paul. |
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![]() sur un arbre perché... |
Bonjour a tous, voici quelques chiffres afin d'illustrer les difficultees rencontrees pendant cette expedition et un petit texte venant relativiser ces memes difficultees: Nombre de jours au camp de base: 24 Nombre de jours sans chute de neige: 6 Duree de la plus longue chute de neige: 78 heures non-stop Cumul de neige au camp de base: 1.5m Cumul de neige au camp 1: 4.5m sac le plus lourd: 30kg Longueur de corde fixee par l'expedition commerciale Japonaise: 2 km Longueur de corde ensevelie: 2 km Nombre de tentes ensevelies: 12 Nombre de personne ayant atteint le sommet cette annee: 0 Medication: 3 aspirines de 1000mg, 2 de 500mg et 2 vitamines C Nombre de livres lus: 6 Nombre de biere bues: 50 Nombre de bouteilles de vin: 4 Nombre de jours sans fumer: 26!!! Voila, nous sommes a present de retour a Kathmandu, j'ai ecrit un petit texte entretemps: "Le vent soufle dehors. Arithmetique rythmique, les avions ne decollent que le matin avant que ne remonte le vent de la vallee verte loin la bas, a trois jours de marche. Les chiens errent sur les dalles pavant l'unique rue du village, les fils electriques pendent en d'anarchiques guirlandes pesant sur de freles poteaux surcharges. A l'hotel Tilicho les portes ne portant pas de poignees claquent au vent du dehors, la chambre est borgne, les murs fraichement repeints ne sont deja plus blanc. Nous attendons l'avion depuis la veille. La patience n'est pas occidentale, elle est d'un autre continent, d'une autre epoque, d'une autre vie. |
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La biere n'est servie qu'apres 15 minutes, le petit dejeuner 30, pour le diner il faut compter une heure et l'avion une journee avec de la chance. Alors c'est a notre tour d'errer dans l'unique rue mal pavee de ce village, frontiere du royaume du Mustang. Quel nom magnifique! Quel pauvre village! Et le combat quotidien des rizieres et des champs de ble vert contre les collines desertiques alentours, le combat quotidien des hommes preparant l'hiver, la disete et qui sait peut-etre un jour la misere. La pauvrete existe dans nos pays bien entendu, mais cette misere la n'est pas occidentale, elle est d'un autre continent, d'une autre epoque, d'une autre vie. Il y avait de jeunes garcons hier, nous les avons croise, entre 10 et 16 ans, portant 30 a 60 kilos de bois fraichement coupe sur leur front ruisselant de sueur. Les ballots de pin sentaient bon, eux se preparaient a l'hiver se rechauffant en labeur. A l'hotel Tilicho les portes claquent, la chambre est borgne, les toilettes sales sont turques, sans papiers et sentent la pisse, la patience est mise a rude epreuve mais nous, nous prenons l'avion demain, en partance pour un autre continent. Les enfants du Mustang, quand a eux, auront encore longtemps les mains caleuses et le front ruisselant." Jomosom, Mustang, Nepal, le 13 octobre. Voila, nous devrions avoir un avion retour en fin de semaine. D'ici la, j'essaierais de vous envoyer un autre texte et peut-etre quelques photos pour clore cette expedition en beaute! Je vous tient au courant, a bientot, Paul. |
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Bonjour a tous, j'espere que tout va bien en France, ici nous attendons des nouvelles de nos amis Slovenes qui, apres avoir presque atteint le sommet dimanche se retrouvent bloques par d'abondantes chutes de neige entre le camp 1 et le camp de base. Pour patienter, nous envoyons des photos dont voici les dernieres. Peut-etre en enverrai-je encore de Kathmandu et de sa vie grouillante. A bientot, Paul. |
![]() Le dernier Verre |
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![]() Le marché aux pots |
Kathmandu, Nepal, le 19 octobre 2007. Contrastes... Hier nous sommes alles visiter Bakhtapur, la cite des divinites. Les pierres etaient pluri-centenaires ainsi que les bois delicatement sculptes. Sur la place des potiers, les potiers tournaient la roue a la force des bras, les femmes sechaient les pots au soleil avant de les enfourner dans un four de foin. La methode, comme les pierres, est ancestrale. Hier nous sommes alles au Lhasa bar voir un concert. Les jeunes musiciens qui n'avaient pas vingts ans jouaient comme des professionnels. Bob Marley succedait a Jimmy Hendrix dans la fumee de cigarette et les relants de biere Ghorka. D'ailleurs dans un sens ils sont professionnels vu qu'ils ne vivent que de leur musique. Contrastes... D'un cote de la rue, sur le trottoir, il y a des mendiants rampant par terre, trainant leurs moignons dans la poussiere des passants meprisants. De l'autre cote de la rue, sur le trottoir, il y a un groupe de touristes les bras charges des cadeaux achetes dans les boutiques de Thamel, trainant les pieds dans la poussiere des passants indulgents. Contrastes... La semaine derniere nous etions dans la tempete, pendus aux flancs de la Montagne Blanche. Aujourd'hui je suis devant l'ecran qui divulgue froidement: - Actualite / Monde: carnage... Attentat a Karachi environs 115 morts. La vie est pleine de ces contrastes qui nous tiennent en vie. Le bonheur se noue au malheur en une etreinte qui n'a pas de fin. Mais le seul vrai Bonheur n'est-il pas d'etre en Vie? Nous rentrons chez nous dans quelques jours. Pour ma part, heureux simplement de respirer les odeurs du Monde. Le sommet est encore loin et le chemin pour y parvenir sera sinueux et difficile. Mais c'est un sommet de bonheur qui nous attend: la fin d'une vie pleine et entiere. Heureux une nouvelle fois d'avoir pu, au travers des neiges de l'Himalaya, au travers du sourire de ses enfants, tout au long de la longue route qui m'a amene jusque la, apercevoir Toute la Beaute du Monde. Merci a TOUS pour votre soutient, plus particulierement l'agence Allibert et Camille pour le relais internet, toute l'equipe de Visages, les vetements Directalpine et la societe Empreinte. A une prochaine fois j'espere, Paul Bonhomme. |
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